Paris 2024 : comment préparer l’échéance olympique pour la délégation française ?

Anne Hidalgo récupère le drapeau olympique lors de la cérémonie de clôture des J.O. de Tokyo – Crédits : AFP/Adek Berry

La cérémonie de clôture des Jeux olympiques est symboliquement une sorte de passage de témoin entre la ville hôte et celle des prochains Jeux. Le drapeau de chaque pays flotte aux côtés du drapeau grec, les deux édiles sont présents et se transmettent le drapeau olympique avec pour intermédiaire le président du Comité international olympique (CIO) avant que la vasque s’éteigne et que le cap soit mis sur la prochaine olympiade. Ce dimanche, Yuriko Koike, gouverneure de Tokyo, transmit le drapeau à Anne Hidalgo, maire de Paris, trois ans avant l’échéance française.

Celle-ci sera inédite. Il s’agira en effet de l’olympiade la plus courte de l’histoire. Jamais les athlètes n’avaient dû patienter aussi peu avant de pouvoir défendre à nouveau leurs chances aux Jeux. Ce paramètre devrait impliquer une nouvelle phase de préparation pour les athlètes, plus courte et plus intense.

Drapeaux japonais, grec et français lors de la cérémonie de clôture des J.O. au stade national de Tokyo – Crédits : Purepeople.

Hôte des prochains Jeux, la délégation française sera particulièrement attendue en juillet 2024 comme l’était le Japon cette année. Outre l’image de puissance dégagée et le savoir-faire local mis en exergue, la nation hôte se sert de « ses » Jeux pour montrer sa capacité à être compétitive dans la majorité des 50 disciplines du programme olympique. Si participer et organiser sont des éléments indispensables dans le cadre d’une stratégie nationale dans le sport, gagner se situe incontestablement au sommet de cette pyramide.

Une réussite insolente pour les pays organisateurs

L’exemple des dernières nations organisatrices est révélateur. Chine, Japon, Grande-Bretagne ont réussi leur test aux yeux du monde entier. Au delà d’une organisation remarquable, ces délégations ont su élever leur niveau et atteindre un nombre de médailles – notamment en or – inédit dans leur histoire olympique. La Chine fit des Jeux de Pékin un évènement majeur. Elle conquit la première place au tableau des médailles face à la toute puissante Amérique. Forte de ses 48 médailles d’or, la Chine devança le Team USA (36 médailles d’or), lequel avait pourtant remporté le classement total (112 médailles contre 100). Or, c’est le nombre de premières places qui compte davantage aux Jeux olympiques.

Le Japon a également réussi ses Jeux. Finalement troisième avec 27 médailles d’or, la délégation nippone enregistre son meilleur total aux Jeux olympiques d’été. Non seulement grâce aux neuf breloques dorées glanées sur le tatami du Nippon Budokan lors des épreuves de Judo, le principal pourvoyeur de médailles pour le Japon mais aussi une certaine polyvalence dans de nombreux sports tant individuels (skateboard, lutte, natation) que collectifs (base-ball et basketball). Brigitte Henriques, présidente du CNOSF, reconnaît que la France devra s’inspirer de ce qui a été fait par les Japonais après un bilan jugé comme « mitigé ».

Progression entre 2004 et 2012 puis stabilité au plus haut niveau : l’exemple britannique

Le cas le plus intéressant est celui de la Grande Bretagne. Lorsque Londres fut désignée ville hôte des Jeux 2012 à Singapour en juillet 2005, la Grande Bretagne restait sur une dixième place aux Jeux d’Athènes. Réunissant les meilleurs athlètes anglais, gallois, écossais et nord-irlandais, la délégation britannique était cantonnée aux seconds rôles et ne parvenait pas à exprimer sa puissance face aux nations habituées à être au sommet de l’Olympe. Le maigre bilan des Jeux d’Athènes – 30 médailles dont 9 en or – plaçait la Grande Bretagne derrière la France, septième. S’est ensuivi une politique d’investissements massifs dans de nombreuses fédérations afin de préparer l’échéance londonienne. Le meilleur exemple reste le cyclisme sur piste : doté de nombreux talents déjà médaillés à Atlanta, Sydney et Athènes comme Bradley Wiggins, triple médaillé olympique en Grèce et futur vainqueur du Tour de France, le Team GB investit dans la formation de ses pistards, l’équipement (matériels et vélodromes) et adopta une nouvelle approche afin de se donner toutes les chances de réussir ses Jeux.

Les Jeux de Pékin servirent de répétition générale 4 ans avant les Jeux de Londres et le résultat fut impressionnant. Quatrième au tableau des médailles avec 10 médailles d’or de plus que lors de l’odyssée grecque, la Grande Bretagne posa les jalons d’une présence régulière aux premiers rangs des nations olympiques. Dans la continuité de Pékin, elle s’imposa comme la troisième nation à domicile derrière les géants américains et chinois, réussissant ses Jeux olympiques de la plus belle des manières. Mieux, ce changement de paradigme permit de pérenniser la réussite sportive des athlètes britanniques. Le Team GB devança la Chine à Rio, terminant à une historique deuxième place. Encore quatrièmes à Tokyo avec 21 médailles d’or, les Britanniques devancent désormais la France, l’Allemagne, l’Italie et même la Russie de manière inéluctable.

Les Jeux de Rio, symboles de la nouvelle place qu’occupe la Grande Bretagne dans la hiérarchie des nations olympiques – Crédits : Eurosport.

Cette progression démontre qu’une préparation minutieuse et une mobilisation générale en vue de cet évènement peut être subversive et offrir à nos athlètes les moyens de rentabiliser leur talent intrinsèque et de convertir leurs espoirs en titres olympiques. Malheureusement, la délégation française n’a pas réussi pareille progression au Japon, trois ans avant son rendez-vous avec les Jeux. La faute, certainement, à une prise de conscience tardive. Il reste donc 1082 jours pour y remédier.

Publié par Géopolitique des États

Chercheur travaillant sur le sport, l'histoire et la géopolitique. Vous trouverez sur ce blog divers articles, billets et récits liés aux sujets qui font l'actualité des domaines susmentionnés.

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