Les Jeux olympiques ou l’art de placer sur une carte les pays les plus modestes

Richard Carapaz au sommet du podium olympique à Tokyo.

Tokyo, samedi 24 juillet 2021, l’Équatorien Richard Carapaz remporte la course en ligne masculine en cyclisme sur route. Il s’agit là du deuxième titre dans l’histoire olympique de ce pays de dix-sept millions d’âmes, vingt-cinq ans après la médaille d’or glanée par le marcheur Jefferson Perez à Atlanta. Carapaz, coureur de la formation britannique Ineos-Grenadiers, a déjà offert à sa patrie son premier podium sur les routes du Tour de France en cette année 2021. Il récidive donc lors d’un évènement sportif planétaire, suivi par des centaines de millions de personnes à travers le monde. Grâce aux performances susmentionnées, le grand public peut mieux reconnaître une République souvent confondue avec le parallèle terrestre éponyme. 

Un terrain d’expression exceptionnel

Ceci n’est pas tout à fait inédit dans l’histoire des Jeux olympiques. Booster de carrière, fédérateurs et captivants, les Jeux donnent aux athlètes une visibilité sans commune mesure, quel que soit leur discipline et leur nation d’appartenance. Pour reprendre la formule de Pascal Boniface, un État est constitué d’un territoire, une population, un gouvernement et une équipe de foot [Boniface, 2014, rééd. 2021] estimant que la définition juridique du terme « État » – territoire, population et pouvoir politique – ne suffirait pas à une nation dans l’optique d’obtenir une reconnaissance internationale.

L’équipe de football d’Uruguay domina les années 1920. Ils remportèrent deux titres olympiques consécutifs à Paris en 1924 et à Amsterdam en 1928. Au lendemain de la victoire acquise en France, Atilio Narancio déclare « nous avons cessé de n’être que ce petit point sur la carte », conscient de l’importance d’une victoire olympique là où les voisins sud-américains ont échoué. Une victoire qui permit à « une grande partie des pays à situer [l’Uruguay] sur la carte » selon le journal local Nacion.

Si les Jeux olympiques ont toujours été le terrain idéal pour s’exprimer, ils le sont davantage de nos jours. Bénéficiant d’une audience planétaire exceptionnelle, les Jeux rassemblent plus de 3 millards de téléspectateurs en audience cumulée, comme à Sotchi ou à Rio de Janeiro [Guégan, 2017].

L’exemple jamaïcain

L’exemple le plus évident lors de cette dernière décennie est celui de la Jamaïque. Petite île de trois millions d’habitants, connue d’avantage pour sa culture musicale oecuménique que pour tout autre élément de sociologie, la Jamaïque fut sous le feu des projecteurs grâce aux exploits d’Usain Bolt, Shelly Ann Fraser, Yohan Blake ou Elaine Thompson. Ces derniers mirent à mal l’hégémonie étasunienne sur le sprint mondial, trustant les médailles lors de chaque compétition internationale, dont les Jeux olympiques. Depuis 2008 et les Jeux de Pékin, la petite île caribéenne ne quitte plus le top 20 au tableau des médailles, elle qui évoluait auparavant plus en retrait.

Outre ses performances tonitruantes lors des dernières éditions des Jeux d’été, la Jamaïque s’était signalée par la participation des « Rasta Rocket », son équipe de Bobsleigh envoyée aux Jeux d’hiver de Calgary en 1988. Cette participation, qui inspira le réalisateur Jon Turteltaub au début des années 1990, passa à postérité par son originalité et son caractère inédit.

David contre Goliath 2.0

D’autres exploits similaires sont à noter, à la simple nuance qu’ils se résument, comme pour Carapaz, en un exploit individuel isolé. Le titre olympique du nageur tunisien Ahmed Hafnaoui sur 400 mètres nage libre, 18 ans, au nez et à la barbe des favoris Australiens et Américains va dans ce sens.

La victoire en Natation (100m papillon masculin) du Singapourien Joseph Schooling le 12 juin 2016 devant la légende américaine Michael Phelps constitue en elle même un exploit remarquable à plus d’un titre. Cette performance offrit sa première et unique médaille d’or à ce jour à la petite République d’Asie du Sud-Est, alors que le vaincu Michael Phelps totalise à lui seul 23 titres olympiques.

De manière plus générale, l’aura d’un athlète comme Novak Djokovic permet à elle seule de placer la Serbie parmi les nations sportives incontournables. 

Du mont Olympe au Mont Fuji, en passant par les Rocheuses canadiennes, les sommets de l’olympisme sont désormais les points culminants des petites nations.

Publié par Géopolitique des États

Chercheur travaillant sur le sport, l'histoire et la géopolitique. Vous trouverez sur ce blog divers articles, billets et récits liés aux sujets qui font l'actualité des domaines susmentionnés.

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