L’Asie, nouvelle terre de l’olympisme : enjeux et rivalités

13 ans après les Jeux olympiques de Pékin (Beijing 2008), l’évènement sportif planétaire est de retour sur le continent asiatique, à Tokyo, capitale de l’État du Japon. Première ville d’extrême orient hôte des Jeux d’été en 1964, la capitale nippone a su séduire les membres du Comité international olympique (CIO) lors du vote du samedi 14 septembre 2013 grâce à la sobriété de sa candidature et sa dimension écologique face aux instabilités économique de Madrid et géopolitique d’Istanbul.

Cependant, l’engouement entrevu après l’obtention des Jeux s’est vite dispersé au fil des années, et la pandémie de Covid 19 est venue dégrader la situation et par la même occasion, a sonné le glas des espérances du comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques Tokyo 2020. Ceci étant dit, il était inconcevable pour le Japon de renoncer à cette échéance majeure, six mois avant les Jeux olympiques d’hiver organisés par Pékin. Un tel choix aurait été un affront face à un rival régional qui ne cesse de surpasser l’archipel nippon, l’exploit le plus retentissant restant la prise de la deuxième position au classement des puissances économiques mondiales en 2011. Ce que l’on pourrait juger comme étant un affrontement indirect entre puissances régionales pousse les acteurs d’Asie de l’Est à tout mettre en oeuvre pour s’octroyer la lumière, et l’organisation des Jeux olympiques est l’un des meilleurs moyens d’y parvenir.

L’Asie s’accapare les Jeux

Car si les Jeux de Tokyo marquent le retour des Jeux d’été sur le continent asiatique, la compétition se situe entre les Jeux d’hiver de PyeongChang (Corée du Sud, 2018) et ceux de Pékin (Chine, 2022). Les trois puissances économiques d’Asie de l’Est se partagent donc le gâteau olympique, démontrant l’omniprésence récente du continent sur la scène mondiale.

Car au XXe siècle, le rôle de l’Asie sur la scène sportive semblait être plus modeste qu’il ne l’est aujourd’hui. Cette dernière accueillait les épreuves internationales de renom de manière plus sporadique. Il fallut attendre 1988 et les Jeux de Séoul pour voir un autre pays que le Japon être désigné hôte de la compétition. Jusqu’en 2018, les éditions d’été comme d’hiver ayant eu lieu en Asie se comptaient sur les doigts d’une main.

Il fallut également attendre 2002 pour que la coupe du monde de la FIFA s’exporte en Extrême orient. Les voisins japonais et sud-coréen avaient dû partager la responsabilité d’organiser ce premier mondial asiatique à leur insu. Tous deux avaient présenté un dossier de candidature séparé au printemps 1996, souhaitant organiser l’épreuve de manière individuelle et non conjointement. Mais les jurés de la FIFA votèrent à l’unanimité une co-organisation des deux pays – la première et unique à ce jour dans l’histoire de la coupe du monde – étant incapables de départager les deux dossiers.

Ces trois olympiades, ajoutées à l’organisation du mondial 2022 par le Qatar et la volonté de la Chine d’accueillir l’évènement à l’horizon 2030, donnent un aperçu de la nouvelle position de l’Asie dans l’arène sportive mondiale. 

Une population réfractaire

C’est l’un des principaux couacs de l’organisation de ces Jeux olympiques par le Japon. Sans parler d’objurgation à ce stade, le peuple japonais est majoritairement défavorable à l’organisation de ces Jeux.

D’ordinaire conservateurs et davantage prudents que les Occidentaux, les Japonaises et les Japonais ne peuvent comprendre que la priorité soit donnée à la tenue de ces Jeux au profit de la politique sanitaire. Certains protestent avec véhémence les choix du gouvernement de prioriser la vaccination des athlètes par rapport à celle de la population. Rappelons que la vaccination contre le Covid 19 n’a réellement débuté qu’au mois d’avril – seul le vaccin Pfizer était approuvé par les autorités sanitaires japonaises – et seul un quart de la population est entièrement vacciné à ce jour.

En outre, la méfiance à l’égard de l’étranger est toujours présente. Le Japon conserve toujours sa stratégie d’isolement face à la pandémie, ses frontières sont fermées aux visiteurs depuis le mois de mars 2020. 

Quels enjeux pour le Japon ?

L’un des enjeux capitaux est d’exister face au rival chinois. Comme évoqué auparavant, il était inenvisageable pour le Japon de ne pas organiser ces J.O. six mois avant ceux de Pékin. La récente affirmation de la puissance de la République populaire de Chine est des plus encombrantes pour l’État nippon, lequel a toujours évité d’être sous la domination de son voisin. De manière générale, la population japonaise manifeste une certaine méfiance vis-à-vis des Chinois, et il va sans dire que le sentiment est réciproque. Le magazine Diplomatie rapporte un sondage selon lequel 77% des Japonais « se sentent sans affinité avec la Chine ». (2021, 62).

Sur le plan des droits de l’homme, le Japon n’est pas contesté comme avait pu l’être Pékin en 2008 sur le dossier tibétain ou pourrait potentiellement l’être de nouveau l’hiver prochain avec le cas des Ouïghours. L’image du Japon à l’international est globalement bonne, les catastrophes naturelles successives, la neutralité militaire japonaise, et la sobriété de son peuple entrevue lors de la cérémonie d’ouverture pouvant expliquer cela. 

La communication du gouvernement japonais va dans ce sens. Lors d’un entretien exclusif accordé à la chaine américaine NBC en préambule à l’arrivée des dignitaires et chefs d’État étrangers au Japon, le Premier ministre Yoshihide Suga souligna la « modestie du peuple japonais » et la « volonté de partager les médailles avec le monde entier » lorsque lui fut posé la question du nombre de médailles espérées pour la délégation nippone.

Cependant, Tokyo ne pourra bénéficier des mêmes retombées économiques et médiatiques que si la compétition s’était déroulée avec du public, contrairement à Pékin en 2008. Les infrastructures tokyoïtes sont plus modestes que celles construites en Chine il y a une quinzaine d’années. Le nouveau stade national de Tokyo, certes plus moderne que l’enceinte originale construite à l’occasion des Jeux de 1964, n’a pas le faste du Nid d’oiseau, de la même manière que le centre aquatique olympique ne devrait pas marquer les esprits comme le fit le Water Cube pékinois. Le Japon pourra tout de même se reposer sur ses lieux emblématiques. Le Fujiyama, théâtre des épreuves de cyclisme ou encore le Nippon Budokan, temple des arts martiaux, feront office de cartes postales. 

Liste – non exhaustive – de lectures complémentaires

Chine ou Japon : quel leader pour l’Asie, Claude Mayer aux Presses de SciencesPo.

Géopolitique du sport, Pascal Boniface, collection EKHO (Armand Colin).

Géopolitique du sport : une autre explication du monde, Jean-Baptiste Guégan aux éditions Bréal.

Japon, peuple et civilisation, sous la direction de Jean-François Sabouret aux éditions La découverte poche.

La grand histoire de l’Asie : Chine – Japon – Inde, François Reynaert aux éditons Le Livre de Poche.

Diplomatie – Les grands dossiers – n°62, juin-juillet 2021 (article sur Les relations de la Corée du Sud et du Japon avec la Chine p.p. 60-62).

« Chine : Elle nous fascine et nous fait mal », Challenges, n°705, juillet 2021.

Publié par Géopolitique des États

Chercheur travaillant sur le sport, l'histoire et la géopolitique. Vous trouverez sur ce blog divers articles, billets et récits liés aux sujets qui font l'actualité des domaines susmentionnés.

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