Mardi 11 septembre 2001 : récit d’une journée hors normes pour l’aviation civile internationale

Panneau annonçant l’annulation de l’intégralité des vols commerciaux à l’aéroport international de Los Angeles (LAX) le 11 septembre 2001.

« Le ciel était bleu sans un nuage », phrase incontournable lorsque un New Yorkais évoque cette journée du 11 septembre 2001. Ce deuxième mardi du neuvième mois de l’année devait être ensoleillé, une journée somme toute comme les autres sur la côte est des États-Unis. À New York, ce mardi là sonnait le début des primaires pour les élections municipales de novembre 2001. Ces dernières devaient offrir à la ville qui ne dort jamais le successeur de Rudolph Giuliani, édile depuis 1994 ayant fait chuter le crime et le trafic de stupéfiants dans ce qui était une des villes les plus dangereuses du pays avant son arrivée au City hall

Un trafic aérien conséquent 

Dans le ciel américain, on estime qu’il y aurait environ 60 000 personnes survolant le Mainland simultanément. L’avion est l’un des moyens de transport les plus prisés dans un pays affichant une superficie totale de plus de neuf millions de km2. Résidants des États du nord se rendant sur les côtes floridienne et californienne, femmes et hommes d’affaires, touristes venus des quatre coins du globe ; tous profitent d’un réseau aéronautique extrêmement développé où le nombre impressionnant de plateformes aéroportuaires offre un vaste sytème de correspondances. 

En effet, quatre des six plus grands aéroports mondiaux en terme de passagers se trouvaient sur le sol étasunien en 2001. Atlanta Hartsfield Jackson, Chicago O’Hare, Los Angeles et Dallas Fort-Worth sont les quatre mastodontes que seuls les aéroports d’Heathrow (Londres) et de Haneda (Tokyo) peuvent concurrencer alors que les pays du Golfe et la Chine viennent à peine d’entamer leur mutation sur le plan économique. 

Feu sur l’Amérique

Le détournement du vol 11 d’American Airlines, puis celui du 175 de United, tous deux à destination de l’aéroport international de Los Angeles (LAX) firent basculer l’Amérique dans un profond chaos. Détournés 20 minutes après après avoir décollé de Boston, les deux vols heurtèrent les Twin Towers du World Trade Center à dix-huit minutes d’intervalle. La perte des deux appareils, rapidement constatée par les contrôleurs aériens de l’aéroport international Logan, plongea la Federal Aviation Administration (FAA) et les services de sécurité dans le doute. Les F-16 de l’US Army qui décollèrent de la base d’Otis ne purent intercepter les deux bombes volantes, inéluctablement lancées sur Manhattan. 

L’opération Yellow Ribbon 

Le choc provoqué par les deux crashs incita la FAA à fermer l’espace aérien américain. Tous les vols commerciaux survolant le pays durent se poser sur le tarmac le plus proche de leur position à l’heure du deuxième crash. Les vols internationaux sur le point d’arriver aux États-Unis n’ayant pas suffisamment de kérosène pour faire demi-tour furent principalement déroutés vers le Canada – le Mexique accueillit quelques vols à destination de la partie méridionale du pays en provenance d’Amérique du Sud – grâce à une opération mise sur pied dans la précipitation par les autorités américaines et canadiennes. Cette opération, qui porta le nom de Yellow Ribbon (opération Ruban jaune), permit au Ministère des transports (Transports Canada) de gérer l’afflux de vols déroutés de leur trajet initial. Cette opération de grande envergure concerna plus de deux cents vols et une quinzaine d’aéroports canadiens. 

Terre-Neuve, principale terre d’accueil des déroutés

Les aéroports choisis se trouvaient principalement sur la côte nord-atlantique, à l’écart des grandes métropoles : le risque d’une éventuelle attaque fit éviter à la majorité des vols déroutés les aéroports Trudeau de Montréal et Pearson de Toronto, principaux hubs du pays. Les passagers furent par exemple évacués vers l’aéroport international Stanfield d’Halifax ou celui de Gander, tous deux dans la province de Terre-Neuve, comme témoigne cette passagère à destination du Mexique sur  france.tv info « [nous étions] dans un avion vers le Mexique et on nous a dit que nous étions détournés vers Terre-Neuve car tous les aéroports américains étaient fermés […] nous sommes restés enfermés dans l’avion 24 h avant d’être débarqués à Terre-neuve ».

Ces aéroports – notamment celui de Gander – ont la particularité de se situer dans un endroit reculé, loin des grandes métropoles, tout en étant suffisamment vastes pour permettre l’acheminement de plusieurs appareils longs-courrier.

L’accueil et la solidarité des Canadiens furent soulignés par les ressortissants étrangers. Ces derniers restèrent bloqués pendant plusieurs jours, voire une semaine pour certains, avant de pouvoir être rapatriés ou poursuivre leur séjour au prix de mesures de sécurité drastiques. 

Dans une sorte de mimétisme, le Canada ferma aussi son espace aérien. Seuls les avions de secourisme furent autorisés à poursuivre leur décollage. Il fut suivi par Israël qui limita dans la même soirée son trafic aérien à ses vols domestiques.

Ce mardi 11 septembre ne fut pas une journée comme les autres. L’aspect inédit de la fermeture de l’espace aérien américain vient confirmer cette conclusion.

Paris 2024 : comment préparer l’échéance olympique pour la délégation française ?

Anne Hidalgo récupère le drapeau olympique lors de la cérémonie de clôture des J.O. de Tokyo – Crédits : AFP/Adek Berry

La cérémonie de clôture des Jeux olympiques est symboliquement une sorte de passage de témoin entre la ville hôte et celle des prochains Jeux. Le drapeau de chaque pays flotte aux côtés du drapeau grec, les deux édiles sont présents et se transmettent le drapeau olympique avec pour intermédiaire le président du Comité international olympique (CIO) avant que la vasque s’éteigne et que le cap soit mis sur la prochaine olympiade. Ce dimanche, Yuriko Koike, gouverneure de Tokyo, transmit le drapeau à Anne Hidalgo, maire de Paris, trois ans avant l’échéance française.

Celle-ci sera inédite. Il s’agira en effet de l’olympiade la plus courte de l’histoire. Jamais les athlètes n’avaient dû patienter aussi peu avant de pouvoir défendre à nouveau leurs chances aux Jeux. Ce paramètre devrait impliquer une nouvelle phase de préparation pour les athlètes, plus courte et plus intense.

Drapeaux japonais, grec et français lors de la cérémonie de clôture des J.O. au stade national de Tokyo – Crédits : Purepeople.

Hôte des prochains Jeux, la délégation française sera particulièrement attendue en juillet 2024 comme l’était le Japon cette année. Outre l’image de puissance dégagée et le savoir-faire local mis en exergue, la nation hôte se sert de « ses » Jeux pour montrer sa capacité à être compétitive dans la majorité des 50 disciplines du programme olympique. Si participer et organiser sont des éléments indispensables dans le cadre d’une stratégie nationale dans le sport, gagner se situe incontestablement au sommet de cette pyramide.

Une réussite insolente pour les pays organisateurs

L’exemple des dernières nations organisatrices est révélateur. Chine, Japon, Grande-Bretagne ont réussi leur test aux yeux du monde entier. Au delà d’une organisation remarquable, ces délégations ont su élever leur niveau et atteindre un nombre de médailles – notamment en or – inédit dans leur histoire olympique. La Chine fit des Jeux de Pékin un évènement majeur. Elle conquit la première place au tableau des médailles face à la toute puissante Amérique. Forte de ses 48 médailles d’or, la Chine devança le Team USA (36 médailles d’or), lequel avait pourtant remporté le classement total (112 médailles contre 100). Or, c’est le nombre de premières places qui compte davantage aux Jeux olympiques.

Le Japon a également réussi ses Jeux. Finalement troisième avec 27 médailles d’or, la délégation nippone enregistre son meilleur total aux Jeux olympiques d’été. Non seulement grâce aux neuf breloques dorées glanées sur le tatami du Nippon Budokan lors des épreuves de Judo, le principal pourvoyeur de médailles pour le Japon mais aussi une certaine polyvalence dans de nombreux sports tant individuels (skateboard, lutte, natation) que collectifs (base-ball et basketball). Brigitte Henriques, présidente du CNOSF, reconnaît que la France devra s’inspirer de ce qui a été fait par les Japonais après un bilan jugé comme « mitigé ».

Progression entre 2004 et 2012 puis stabilité au plus haut niveau : l’exemple britannique

Le cas le plus intéressant est celui de la Grande Bretagne. Lorsque Londres fut désignée ville hôte des Jeux 2012 à Singapour en juillet 2005, la Grande Bretagne restait sur une dixième place aux Jeux d’Athènes. Réunissant les meilleurs athlètes anglais, gallois, écossais et nord-irlandais, la délégation britannique était cantonnée aux seconds rôles et ne parvenait pas à exprimer sa puissance face aux nations habituées à être au sommet de l’Olympe. Le maigre bilan des Jeux d’Athènes – 30 médailles dont 9 en or – plaçait la Grande Bretagne derrière la France, septième. S’est ensuivi une politique d’investissements massifs dans de nombreuses fédérations afin de préparer l’échéance londonienne. Le meilleur exemple reste le cyclisme sur piste : doté de nombreux talents déjà médaillés à Atlanta, Sydney et Athènes comme Bradley Wiggins, triple médaillé olympique en Grèce et futur vainqueur du Tour de France, le Team GB investit dans la formation de ses pistards, l’équipement (matériels et vélodromes) et adopta une nouvelle approche afin de se donner toutes les chances de réussir ses Jeux.

Les Jeux de Pékin servirent de répétition générale 4 ans avant les Jeux de Londres et le résultat fut impressionnant. Quatrième au tableau des médailles avec 10 médailles d’or de plus que lors de l’odyssée grecque, la Grande Bretagne posa les jalons d’une présence régulière aux premiers rangs des nations olympiques. Dans la continuité de Pékin, elle s’imposa comme la troisième nation à domicile derrière les géants américains et chinois, réussissant ses Jeux olympiques de la plus belle des manières. Mieux, ce changement de paradigme permit de pérenniser la réussite sportive des athlètes britanniques. Le Team GB devança la Chine à Rio, terminant à une historique deuxième place. Encore quatrièmes à Tokyo avec 21 médailles d’or, les Britanniques devancent désormais la France, l’Allemagne, l’Italie et même la Russie de manière inéluctable.

Les Jeux de Rio, symboles de la nouvelle place qu’occupe la Grande Bretagne dans la hiérarchie des nations olympiques – Crédits : Eurosport.

Cette progression démontre qu’une préparation minutieuse et une mobilisation générale en vue de cet évènement peut être subversive et offrir à nos athlètes les moyens de rentabiliser leur talent intrinsèque et de convertir leurs espoirs en titres olympiques. Malheureusement, la délégation française n’a pas réussi pareille progression au Japon, trois ans avant son rendez-vous avec les Jeux. La faute, certainement, à une prise de conscience tardive. Il reste donc 1082 jours pour y remédier.

Les Jeux olympiques ou l’art de placer sur une carte les pays les plus modestes

Richard Carapaz au sommet du podium olympique à Tokyo.

Tokyo, samedi 24 juillet 2021, l’Équatorien Richard Carapaz remporte la course en ligne masculine en cyclisme sur route. Il s’agit là du deuxième titre dans l’histoire olympique de ce pays de dix-sept millions d’âmes, vingt-cinq ans après la médaille d’or glanée par le marcheur Jefferson Perez à Atlanta. Carapaz, coureur de la formation britannique Ineos-Grenadiers, a déjà offert à sa patrie son premier podium sur les routes du Tour de France en cette année 2021. Il récidive donc lors d’un évènement sportif planétaire, suivi par des centaines de millions de personnes à travers le monde. Grâce aux performances susmentionnées, le grand public peut mieux reconnaître une République souvent confondue avec le parallèle terrestre éponyme. 

Un terrain d’expression exceptionnel

Ceci n’est pas tout à fait inédit dans l’histoire des Jeux olympiques. Booster de carrière, fédérateurs et captivants, les Jeux donnent aux athlètes une visibilité sans commune mesure, quel que soit leur discipline et leur nation d’appartenance. Pour reprendre la formule de Pascal Boniface, un État est constitué d’un territoire, une population, un gouvernement et une équipe de foot [Boniface, 2014, rééd. 2021] estimant que la définition juridique du terme « État » – territoire, population et pouvoir politique – ne suffirait pas à une nation dans l’optique d’obtenir une reconnaissance internationale.

L’équipe de football d’Uruguay domina les années 1920. Ils remportèrent deux titres olympiques consécutifs à Paris en 1924 et à Amsterdam en 1928. Au lendemain de la victoire acquise en France, Atilio Narancio déclare « nous avons cessé de n’être que ce petit point sur la carte », conscient de l’importance d’une victoire olympique là où les voisins sud-américains ont échoué. Une victoire qui permit à « une grande partie des pays à situer [l’Uruguay] sur la carte » selon le journal local Nacion.

Si les Jeux olympiques ont toujours été le terrain idéal pour s’exprimer, ils le sont davantage de nos jours. Bénéficiant d’une audience planétaire exceptionnelle, les Jeux rassemblent plus de 3 millards de téléspectateurs en audience cumulée, comme à Sotchi ou à Rio de Janeiro [Guégan, 2017].

L’exemple jamaïcain

L’exemple le plus évident lors de cette dernière décennie est celui de la Jamaïque. Petite île de trois millions d’habitants, connue d’avantage pour sa culture musicale oecuménique que pour tout autre élément de sociologie, la Jamaïque fut sous le feu des projecteurs grâce aux exploits d’Usain Bolt, Shelly Ann Fraser, Yohan Blake ou Elaine Thompson. Ces derniers mirent à mal l’hégémonie étasunienne sur le sprint mondial, trustant les médailles lors de chaque compétition internationale, dont les Jeux olympiques. Depuis 2008 et les Jeux de Pékin, la petite île caribéenne ne quitte plus le top 20 au tableau des médailles, elle qui évoluait auparavant plus en retrait.

Outre ses performances tonitruantes lors des dernières éditions des Jeux d’été, la Jamaïque s’était signalée par la participation des « Rasta Rocket », son équipe de Bobsleigh envoyée aux Jeux d’hiver de Calgary en 1988. Cette participation, qui inspira le réalisateur Jon Turteltaub au début des années 1990, passa à postérité par son originalité et son caractère inédit.

David contre Goliath 2.0

D’autres exploits similaires sont à noter, à la simple nuance qu’ils se résument, comme pour Carapaz, en un exploit individuel isolé. Le titre olympique du nageur tunisien Ahmed Hafnaoui sur 400 mètres nage libre, 18 ans, au nez et à la barbe des favoris Australiens et Américains va dans ce sens.

La victoire en Natation (100m papillon masculin) du Singapourien Joseph Schooling le 12 juin 2016 devant la légende américaine Michael Phelps constitue en elle même un exploit remarquable à plus d’un titre. Cette performance offrit sa première et unique médaille d’or à ce jour à la petite République d’Asie du Sud-Est, alors que le vaincu Michael Phelps totalise à lui seul 23 titres olympiques.

De manière plus générale, l’aura d’un athlète comme Novak Djokovic permet à elle seule de placer la Serbie parmi les nations sportives incontournables. 

Du mont Olympe au Mont Fuji, en passant par les Rocheuses canadiennes, les sommets de l’olympisme sont désormais les points culminants des petites nations.

Fin de partie pour Pro Evolution Soccer

La saga Pro Evolution Soccer (PES) développée par la firme japonaise Konami tire sa révérence pour laisser place à eFootball, laissant derrière elle toute une génération d’inconditionnels mélancoliques. 

Créée en 1985 sous le nom de Konami’s Soccer, la série allait se développer plus tard sous l’appellation International Superstar Soccer (ISS), au milieu des années 1990, sur les consoles Nintendo et Sony PlayStation.

Profitant de l’essor des jeux vidéos et des prouesses technologiques permettant la réalisation de graphismes plus détaillés et vivants, la série devient mondialement connue jusqu’au franchissement d’un nouveau palier en 2001, devenant World Soccer: Winning Eleven au Japon, Pro Evolution Soccer en occident. Désormais, l’apparence des joueurs est variée, de nombreux défauts physiques sont percevables, le jeu est plus réaliste grâce au passage à la sixième génération de console.

La saga devient même une marque et s’ancre durablement dans la culture populaire. À titre d’exemple, le rappeur marseillais Soprano y fait écho via les paroles de sa chanson À la bien en 2007. Il va sans dire que de nombreux éléments du jeu resteront gravés dans les mémoires. La Ligue des Masters, les incontournables joueurs fictifs tels Ivarov (gardien de but) ou Minanda (milieu offensif) et la présence du légendaire arbitre italien Pierluigi Collina sur la couverture des numéros 3 et 4 de la saga en font partie. 

Cette popularité fut bénéfique pour la firme nippone, déjà présente dans plusieurs domaines comme l’animation et le jouet, domaines dont la corrélation est symbolisée par la saga Yu-Gi-Oh!. Créée en 1969 à Osaka et spécialisée dans la vente de Jukebox, la firme dut attendre le début des années 1980 pour accroitre son emprise sur le marché international. C’est d’ailleurs à ce moment précis que se situe l’âge d’or du Japon sur la scène économique ; l’archipel nippon se posait alors comme un potentiel rival économique face aux États-Unis alors que l’URSS s’essoufflait notamment à cause de la course à l’armement imposée par l’administration Reagan. Toujours est-il que Konami poursuivit son bonhomme de chemin et entra en bourse en 1988.

Les années 1990 et l’éclatement de la bulle spéculative au Japon n’empêchèrent pas la firme nippone de maintenir une progression linéaire mais les années 2000 furent les plus prospères pour Konami. La saga y fut pour beaucoup : il s’agit du titre le plus vendu parmi les jeux sous licence Konami et presque la moitié des ventes chez Konami au milieu des années 2000 provenaient des jeux Pro Evolution Soccer.

Au delà du phénomène sociétal que représente la saga, cette dernière s’inscrit également dans la lignée de la coupe du monde de la FIFA 2002, co-organisée par la Corée du Sud et le Japon. Hôte de la première compétition planétaire disputée sur le continent asiatique, le Japon confirmait son nouvellement engouement pour le ballon rond, déjà entrevu dans les années 1990 avec le recrutement de plusieurs joueurs internationaux comme le Brésilien Leonardo, champion du monde en 1994 et joueur des Kashima Antlers lors des deux saisons qui suivirent le sacre de la Seleção aux États-Unis.

Les années 2000 marquèrent ensuite la mise en lumière du meneur de jeu nippon Hidetoshi Nakata, propulsé star d’un football japonais en pleine expansion avant le mondial nippo – sud-coréen. Les épisodes apparus entre 2003 et 2007 permettaient de jouer virtuellement dans les principaux stades du Mondial 2002, laissant une trace de cet évènement ponctuel sur le long terme.

Le passage aux consoles de septième et huitième générations mit progressivement de côté l’identité asiatique du jeu pour s’installer davantage sur le continent sud-américain. Outre la Ligue des Champions et les autres compétions sous licence UEFA, le Brasileirao (championnat du Brésil) fit son apparition en 2013, suivi plus tard de la Copa Libertadores (CONMEBOL). Dans un premier temps fidèle à ses origines, la saga a finalement muté vers la terre du football. Probablement pour se revitaliser et retrouver son attrait d’antan face aux jeux produits par Electronic Arts.

L’Asie, nouvelle terre de l’olympisme : enjeux et rivalités

13 ans après les Jeux olympiques de Pékin (Beijing 2008), l’évènement sportif planétaire est de retour sur le continent asiatique, à Tokyo, capitale de l’État du Japon. Première ville d’extrême orient hôte des Jeux d’été en 1964, la capitale nippone a su séduire les membres du Comité international olympique (CIO) lors du vote du samedi 14 septembre 2013 grâce à la sobriété de sa candidature et sa dimension écologique face aux instabilités économique de Madrid et géopolitique d’Istanbul.

Cependant, l’engouement entrevu après l’obtention des Jeux s’est vite dispersé au fil des années, et la pandémie de Covid 19 est venue dégrader la situation et par la même occasion, a sonné le glas des espérances du comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques Tokyo 2020. Ceci étant dit, il était inconcevable pour le Japon de renoncer à cette échéance majeure, six mois avant les Jeux olympiques d’hiver organisés par Pékin. Un tel choix aurait été un affront face à un rival régional qui ne cesse de surpasser l’archipel nippon, l’exploit le plus retentissant restant la prise de la deuxième position au classement des puissances économiques mondiales en 2011. Ce que l’on pourrait juger comme étant un affrontement indirect entre puissances régionales pousse les acteurs d’Asie de l’Est à tout mettre en oeuvre pour s’octroyer la lumière, et l’organisation des Jeux olympiques est l’un des meilleurs moyens d’y parvenir.

L’Asie s’accapare les Jeux

Car si les Jeux de Tokyo marquent le retour des Jeux d’été sur le continent asiatique, la compétition se situe entre les Jeux d’hiver de PyeongChang (Corée du Sud, 2018) et ceux de Pékin (Chine, 2022). Les trois puissances économiques d’Asie de l’Est se partagent donc le gâteau olympique, démontrant l’omniprésence récente du continent sur la scène mondiale.

Car au XXe siècle, le rôle de l’Asie sur la scène sportive semblait être plus modeste qu’il ne l’est aujourd’hui. Cette dernière accueillait les épreuves internationales de renom de manière plus sporadique. Il fallut attendre 1988 et les Jeux de Séoul pour voir un autre pays que le Japon être désigné hôte de la compétition. Jusqu’en 2018, les éditions d’été comme d’hiver ayant eu lieu en Asie se comptaient sur les doigts d’une main.

Il fallut également attendre 2002 pour que la coupe du monde de la FIFA s’exporte en Extrême orient. Les voisins japonais et sud-coréen avaient dû partager la responsabilité d’organiser ce premier mondial asiatique à leur insu. Tous deux avaient présenté un dossier de candidature séparé au printemps 1996, souhaitant organiser l’épreuve de manière individuelle et non conjointement. Mais les jurés de la FIFA votèrent à l’unanimité une co-organisation des deux pays – la première et unique à ce jour dans l’histoire de la coupe du monde – étant incapables de départager les deux dossiers.

Ces trois olympiades, ajoutées à l’organisation du mondial 2022 par le Qatar et la volonté de la Chine d’accueillir l’évènement à l’horizon 2030, donnent un aperçu de la nouvelle position de l’Asie dans l’arène sportive mondiale. 

Une population réfractaire

C’est l’un des principaux couacs de l’organisation de ces Jeux olympiques par le Japon. Sans parler d’objurgation à ce stade, le peuple japonais est majoritairement défavorable à l’organisation de ces Jeux.

D’ordinaire conservateurs et davantage prudents que les Occidentaux, les Japonaises et les Japonais ne peuvent comprendre que la priorité soit donnée à la tenue de ces Jeux au profit de la politique sanitaire. Certains protestent avec véhémence les choix du gouvernement de prioriser la vaccination des athlètes par rapport à celle de la population. Rappelons que la vaccination contre le Covid 19 n’a réellement débuté qu’au mois d’avril – seul le vaccin Pfizer était approuvé par les autorités sanitaires japonaises – et seul un quart de la population est entièrement vacciné à ce jour.

En outre, la méfiance à l’égard de l’étranger est toujours présente. Le Japon conserve toujours sa stratégie d’isolement face à la pandémie, ses frontières sont fermées aux visiteurs depuis le mois de mars 2020. 

Quels enjeux pour le Japon ?

L’un des enjeux capitaux est d’exister face au rival chinois. Comme évoqué auparavant, il était inenvisageable pour le Japon de ne pas organiser ces J.O. six mois avant ceux de Pékin. La récente affirmation de la puissance de la République populaire de Chine est des plus encombrantes pour l’État nippon, lequel a toujours évité d’être sous la domination de son voisin. De manière générale, la population japonaise manifeste une certaine méfiance vis-à-vis des Chinois, et il va sans dire que le sentiment est réciproque. Le magazine Diplomatie rapporte un sondage selon lequel 77% des Japonais « se sentent sans affinité avec la Chine ». (2021, 62).

Sur le plan des droits de l’homme, le Japon n’est pas contesté comme avait pu l’être Pékin en 2008 sur le dossier tibétain ou pourrait potentiellement l’être de nouveau l’hiver prochain avec le cas des Ouïghours. L’image du Japon à l’international est globalement bonne, les catastrophes naturelles successives, la neutralité militaire japonaise, et la sobriété de son peuple entrevue lors de la cérémonie d’ouverture pouvant expliquer cela. 

La communication du gouvernement japonais va dans ce sens. Lors d’un entretien exclusif accordé à la chaine américaine NBC en préambule à l’arrivée des dignitaires et chefs d’État étrangers au Japon, le Premier ministre Yoshihide Suga souligna la « modestie du peuple japonais » et la « volonté de partager les médailles avec le monde entier » lorsque lui fut posé la question du nombre de médailles espérées pour la délégation nippone.

Cependant, Tokyo ne pourra bénéficier des mêmes retombées économiques et médiatiques que si la compétition s’était déroulée avec du public, contrairement à Pékin en 2008. Les infrastructures tokyoïtes sont plus modestes que celles construites en Chine il y a une quinzaine d’années. Le nouveau stade national de Tokyo, certes plus moderne que l’enceinte originale construite à l’occasion des Jeux de 1964, n’a pas le faste du Nid d’oiseau, de la même manière que le centre aquatique olympique ne devrait pas marquer les esprits comme le fit le Water Cube pékinois. Le Japon pourra tout de même se reposer sur ses lieux emblématiques. Le Fujiyama, théâtre des épreuves de cyclisme ou encore le Nippon Budokan, temple des arts martiaux, feront office de cartes postales. 

Liste – non exhaustive – de lectures complémentaires

Chine ou Japon : quel leader pour l’Asie, Claude Mayer aux Presses de SciencesPo.

Géopolitique du sport, Pascal Boniface, collection EKHO (Armand Colin).

Géopolitique du sport : une autre explication du monde, Jean-Baptiste Guégan aux éditions Bréal.

Japon, peuple et civilisation, sous la direction de Jean-François Sabouret aux éditions La découverte poche.

La grand histoire de l’Asie : Chine – Japon – Inde, François Reynaert aux éditons Le Livre de Poche.

Diplomatie – Les grands dossiers – n°62, juin-juillet 2021 (article sur Les relations de la Corée du Sud et du Japon avec la Chine p.p. 60-62).

« Chine : Elle nous fascine et nous fait mal », Challenges, n°705, juillet 2021.

Un air de coupe du monde

Saitama Stadium 2002, théâtre du tournoi olympique de football. (Crédits : olympics.com)

Comme à l’accoutumée, les tournois olympiques masculin et féminin de football permettent à plusieurs métropoles d’accueillir l’évènement, hors de la ville hôte. Ce sera le cas cette année pour Yokohama, Saitama, Kashima, Miyagi et Sapporo. L’organisation nippone a choisi d’utiliser plusieurs stades construits à la fin des années 1990 en vue de la coupe du monde de la FIFA 2002, co-organisée avec le voisin sud-coréen. En dehors du stade olympique national de Tokyo qui abritera la finale du tournoi féminin et du stade Ajinomoto, toutes ces enceintes reçurent plusieurs matchs du mondial nippo – sud-coréen en juin 2002, laissant d’innombrables souvenirs aux inconditionnels du ballon rond. L’International Stadium de Yokohama, où se déroulera la finale du tournoi masculin, vit le Brésil de Ronaldo remporter son cinquième titre planétaire face à l’Allemagne. Ironie du sort, Brésiliens et Allemands se rencontreront ce jeudi à 17 heures 20, heure de Tokyo, à Yokohama pour le premier match du groupe D.

Sapporo, habituée des évènements sportifs internationaux

La ville de Sapporo, sur l’île d’Hokkaido, la plus septentrionale de l’archipel, accueillera plusieurs matchs au sein de son dôme, enceinte indoor aux allures futuristes qui vit notamment l’Angleterre triompher de l’Argentine grâce à un penalty tiré par David Beckham lors du choc des phases de groupe. Sapporo fut également ville olympique en 1972, hôte des onzièmes Jeux olympiques d’hiver. En outre, elle hébergera les épreuves sur route d’Athlétisme (marathon et marche) – sans même avoir postulé pour cette échéance – en raison de son climat relativement doux par rapport à celui de Tokyo et de la région du Kanto, où chaleur et humidité règnent en maîtres. De quoi raviver la flamme d’une coupe du monde restée dans les annales pour le spectacle proposé par les joueurs et les nombreuses surprises survenues tout au long de la compétition.

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